L'histoire de 4826

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La Super Sports dont je vais vous parler est la deuxième fabriquée et la première avec conduite à gauche. Elle quitte l’usine le 21 Juin 1961 avec 4837, direction l’importateur Fergus Motor de New York. Les deux voitures sont peintes en rouge ce qui amène une anecdote : En effet les numéros de capot sont inversés et celui de 4826 se retrouve sur 4837 et vice versa.

Interrogé sur cette anomalie l’archiviste de l’usine ne sera pas du tout surpris et nous avouera 'ça c’est Morgan'. L’histoire de 4826 aux USA est en cours de recherche mais s’arrête en 1992, stocké dans une grange pour apparaître à la vente fin 2013 à la mort de son propriétaire.

Je recherchais depuis un an une authentique SS avec l’aide du spécialiste anglais Richard Thorne quand ce dernier me propose cette sortie de grange, mais avec une restauration totale. Avant d’engager un tel projet il m’apporte toutes les preuves incontestables de l’authenticité du modèle après avoir sollicité l’expertise de Martyn Webb, archiviste à l’usine Morgan.

Effectivement dans le Record Book, tenu à la main, le châssis de + 4 est répertorié avec la mention Super Sports au stylo bille rouge. Autres temps… autres méthodes !!!

Avec la consigne de préserver le maximum de pièces originales, la restauration prendra deux ans en lui donnant ce parfum d’authenticité que mérite ce genre d’auto.

Le deuxième challenge est de la mettre en configuration FIA pour courir en circuit mais en gardant les caractéristiques d’époque. Challenge réussi quand on voit les photos avec cette peinture 'matching color' avec le hard top couleur caisse qui rappelle TOK 258 aux essais d’Avril 1962 au Mans.

Après deux en d’attente la joie est de remettre 4826 dans son berceau d’origine sur le lieu qui l’a vu naitre à l’usine Morgan de Malvern. Grand moment d’émotions en la présence du rédacteur de la revue MOG, magazine consacrée exclusivement à la marque, le personnel et les visiteurs de l’usine. 4826 est admirée et photographiée comme une star qui avec un peu de chirurgie esthétique est prête pour de nouvelles aventures !!

Depuis le début, malgré sa rareté et son authenticité, le but que je m’étais fixé, était bien de lui faire retrouver les circuits. En classe moins de deux litres, elle ne sera pas la plus performante face aux Lotus Elan et Porsche 911 S mais son charme désuet et sa rareté feront le reste.

Ayant eu l’occasion de la piloter une première fois sur circuit fermé, c’est une voiture saine, légère, qui freine bien avec ses disques à l’avant mais qui a la rusticité d’une conception d’avant guerre. La direction à boitier est imprécise et lourde tandis que le boite de vitesse Moss est très ferme et exige la pratique du talon pointe. Tout cela participe au charme du pilotage.

C’est en comparant la + 4 de 1961 et sa petite sœur de 2010 que l’on constate l’évolution de l’espèce avec plus d’embonpoint pour plus de confort. La moderne est plus facile à conduire avec sa direction légère, sa boite synchronisée, sa suspension plus confortable. On comprend mieux pourquoi le modèle le plus ancien du marché automobile avec ses 80 ans a toujours autant d’amateurs car la marque a su évoluer sans perdre sa personnalité et prétendre à ce statut d’icône indémodable.

Crédit texte et photos : Christian Cane

Cet article fut publié pour la première sur Virage8 le 30 août 2016