A la poursuite du Dahu

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Drôle d’idée d’utiliser une 125 cm3 conçue il y a 70 ans pour aller chercher le pain pour passer les cols alpins les plus hauts de France. Drôle d’idée d’attendre le mois d’octobre pour se lancer dans cette épopée. C’est pourtant cette drôle d’idée qu’ont eu 5 potes des Tontons scooteurs, amoureux de la Vespa, après les Cévennes l'année dernière, ce sera la grande route des Alpes, le Verdon, le Ventoux et le Vercors cette année .

Le road book est amoureusement préparé en prenant bien soin de n’oublier aucun col, les hébergements sont réservés, pas facile en cette période d’entre deux saisons de trouver où dormir. Rendez-vous à la sortie de Paris, Porte d’Orléans à 6h00 du matin pour charger les scooters dans la camionnette et sur la remorque.  A 13h00, le contraste est presque irréel : le ciel est bleu, nous mangeons en terrasse au soleil du col des Aravis avec vue sur le Mont Blanc.

Nous attaquons l’échauffement, col du Télégraphe (1500m), col de Méraillet (1600m) cormet de Roselend (1960m). Passage à Bourg Saint Maurice, le col du petit Saint Bernard nous fait de l’œil mais ce ne sera pas pour cette année. Nous entamons sans complexe  la montée vers Tignes Val d’Isère, lorsque nous arrivons au col de l’Iseran (2764m). Il est déjà dans l’ombre et le vent. Fabuleuse descente vers Bonneval où, gavés de virages, nous passerons la nuit.

Le lendemain, départ dans une vallée encore endormie, la température nous rappelle que nous sommes en octobre et à la montagne. Montée vers le Galibier (2945m), le Lautaret (2057m) avant la grosse descente pleine balle vers la citadelle de Briançon dans les rues de laquelle nous nous perdons avant de constater que finalement elles sont peut-être bien piétonnes…

Mais déjà, l’Izoard (2360m) nous attends. La puissance des engins n’étant déjà pas très impressionnante au niveau de la mer,  avec l’altitude et la pente nous devons déployer des trésors de trajectoire pour ne jamais freiner dans la côte. Petit détour touristique par Saint Véran, charmant village en bois de 300 habitants qui est aussi la commune la plus haute d’Europe (2000m). Le Col de vars (2000m) marque notre bifurcation en direction du Lubéron, étape à Barcelonnette, ville étonnamment très mexicaine.

Nouveau départ à la fraiche au petit matin du troisième jour, direction les gorges du Verdon, accueillis par un grand ciel bleu et un ballet de vautours, l’endroit est toujours aussi saisissant de majesté. Nous dormons dans le Lubéron chez un membre des Tontons reconvertis en aubergiste dans le fantasmagorique, en cette saison, village d’Oppède le vieux.

Au menu de cette journée, le fabuleux mont Ventoux, après une phase d’approche par les gorges nous le voyons enfin se dresser devant nous.  La montée sera une course infernale où toutes les trajectoires sont permises afin de ne pas perdre de terrain, dans la pente finale on plafonne à fond à 50 km/h entre les courageux cyclistes déjà nombreux. Arrêt photo bien frais et venteux au sommet et nous partons pour une descente entièrement au point mort, un grand moment.

Lors de l’arrêt repas à Buie les Baronnies, je n’arrive pas à entrainer le scooteur en embrayant, après un rapide démontage du  carter d’embrayage le verdict ombre : les rivets de fixation de la cloche sont tous coupés, l’embrayage ne peut plus remplir son office de liaison entre moteur et boîte. Ma conduite sportive a eu raison de la mécanique, je dois me résigner à appeler l’assistance et laisser mes compagnons de route poursuivre vers le Vercors pendant que laissant ma monture en Avignon je rentre en TGV.

C’est la tête pleine de paysage et le cœur plein de virages que je rentre en pensant déjà au périple de l’année prochaine qui devrait être la même boucle en sens inverse avec la même Vespa et un embrayage neuf.

Bilan pour ceux qui ont bouclé le parcours: 1200 km, 41 cols, pas mal pour des 125 cm3!!

Textes et photos Jean-Luc Darcy