Moto Tour 2016

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Quand le train siffle, il y a ceux qui montent dedans, ceux qui restent sur le marchepied pour pouvoir sauter en marche, ou pire, ceux qui persiflent après que le train soit parti ! Moi, j’avoue, je ne suis pas très objectif parce que le Moto Tour, je l’aime, tout simplement.

Alors, sans réfléchir, j’ai pris mon billet, je suis monté dans le train, sachant que le voyage serait de toute façon merveilleux, intense, plein de rebondissements, de difficultés et de joies. OK, les tarifs d’inscription avaient sérieusement augmenté cette année, passant de 1.350 à 1.790 euros. Le sponsor titre "Dark Dog" est parti, alors c’est vrai, il a fallu trouver des solutions, prendre des décisions. OK, il y avait moins de spéciales coûteuses et compliquées à tenir en se déplaçant tous les jours. Du coup, le petit monde du rallye routier avait un peu décidé de le bouder, jugeant que sur un seul week-end de rallye, il y avait plus de spéciales chronométrées.

A mon sens, c’était passer un peu vite, sur ce qui fait la vraie valeur d’un Moto Tour. Le Moto Tour, c’est d’abord des potes qui roulent ensemble une semaine toute entière. Ensemble et vite, voire comme des balles pour arriver à l’heure, encore et toujours, au prochain contrôle horaire en se demandant à chaque fois, face à la pendule, si on a bien calculé son temps. Le Moto Tour, c’est la seule et unique course qui te fait traverser un pays tout entier par les chemins de traverses les plus improbables, te faisant découvrir une France que tu croyais connaître. Le Pas de Peyrols, la Montagne de Lure, les gorges de Cyans, c’était magique, unique, intense. En une fraction de secondes, tu oublies ta fatigue, ton épuisement, ton envie de jeter l’éponge. Et tu te souviens que c’est exactement ça qui te fait aimer le Moto Tour.

Le Moto Tour, c’est aussi des assistances que tu croises partout sur le bord de la route. Certains pour assurer des relais éclairs, d’autres pour profiter d’un moment au bord d’un lac, sur une place de village, toujours entre potes. Profitant à leur manière de cette course. Quant aux spéciales, elles étaient superbes. Le Faron, Lavoûte sur Loire, Valberg le Turini, des tortillards longs, techniques et jouissifs. Le circuit fut pour moi l’occasion de réaliser une 8è place scratch et de remonter 10 places au classement. Les râleurs trouveront ça injuste, le Moto Tour est pourtant l’expression même de la mauvaise foi qui règne dans le monde motard.Et tout ça, sept jours d’affilée !

Alors de là, à poser la question (sans doute un journaliste bien informé) à Barbara Collet de savoir si le Moto Tour n’avait pas pris cette année une tournure davantage « touristique », je m’étouffe, je m’étrangle, je vomis cinq fois mon quatre heures, je serre en fond de six dans la longue ligne droite boisée de Hockenheim. Le Moto Tour devenu touristique ? 3.450 kilomètres de petites routes tortueuses, glissantes, gravillonneuses, pourries, deux journées marathon qui ont usé, sapé le moral, aspiré les forces de chacun.

Les quelques têtes d’affiche du rallye qui avaient décidé de quand même faire le Moto Tour, ont lâché du bout des lèvres : "c’est bien la toute première fois que je maudis le traceur du Moto Tour." Dire que le Moto Tour est devenu touristique pour quelques spéciales en moins, est une insulte à tous ceux qui n’ont jamais rien lâché, des heures et des heures durant, pour pointer à l’heure. A ceux qui ont erré toute la nuit de dimanche à lundi, dans le froid, la nuit, le doute. A ceux qui ont volé une heure de sommeil dans un fossé, sous un abris bus. Ou qui n’ont pas dormi du tout.

Car le Moto Tour appartient à la masse, aux inconnus, aux sans grade, à ceux qui vivent l’aventure de toute une vie. A la catégorie "duo" qui s’est révélée malgré les doutes de nombreux « observateurs ». D’ailleurs, je vous le dis tout de go, malgré l’absence de spéciales tous les jours, c’est sans doute le plus beau, le plus dur et le plus merveilleux des Moto Tour que j’ai jamais vécu. Rien ne remplacera jamais le Moto Tour, alors ne tirez pas sur l’ambulance. Je le dis en permanence : "dans une vie de motard, il existe deux choses importantes et exceptionnelles à faire : aller voir le Tourist Trophy et faire, j’ai bien dit faire, le Moto Tour, quel que soit son niveau de pilotage". Et cette année, c’était encore plus vrai que jamais. Donc, longue vie au Moto Tour et merci à tous ses organisateurs/bénévoles d’avoir le courage de tenir une épreuve aussi magique. Merci à BMW Motorrad France de s'investir dans une si belle aventure !

Crédit texte et photos Laurent Cochet que nous remercions chaleureusement