Opération Moonraker (4)

   /       /       /   

, 2 Commentaires

Alors qu'arrive le quatrième et dernier épisode du voyage de Gilles Fabre entre les Alpes et l'Atlantique, on a envie de dire déjà ! Ben oui, hélas. Le voyage commence et prend sa fin à un moment ou un autre. Une bonne raison de prendre son temps en chemin pour jouir de chaque situation, de chaque rencontre que celui-ci nous propose.

Un grand merci à Gilles pour son récit, ses photos et son partage. Puissions-nous recommencer, dès le prochain voyage ...

17 Juillet 2016

7h00 - Réveil, petit-déjeuner, Douche, short, chemise, Red wings et appareil photo en bandoulière, je vais me perdre pendant deux heures dans les rues étroites en enchevêtrées de l'antique cité de Sarlat-la-Canéda. Je ne croise personne pendant trente minutes. J’ai pris possession du centre ville. Pas un touriste. Pas un autochtone. J'ai l'impression de me promener dans un décor de Thierry La Fronde.

10h - Moteur. Encore une petite gourmandise de virages jusqu'à Les Eyzies-de-Tayac. A la sortie du bourg, je m'arrête pour une photo et enlever une couche de vêtement. La journée va être chaude. Très chaude. Je repars sur une belle route en sous-bois qui se tortille gentiment sur la rive méridionale d'un cours d'eau. Le Renault Scénic devant moi se traîne. Un coup d'oeil devant dévoile une bonne visibilité. Un coup d'oeil derrière ne montre rien. La main droite enroule la poignée d'accélérateur. Il faut dans le même temps contre-braquer pour ne pas aller percuter l'arrière droit de la voiture. Porte arrière. Porte avant. Je tourne la tête et je découvre les yeux éberlués du conducteur. Je ne lui demande pas de comprendre, juste de continuer à aller tout droit et surtout de ne pas accélérer. Phare avant. Je suis passé et « POC ». J'entends ce bruit sourd, inhabituel. Le Bug continue sur sa lancée. Quarante cinq chevaux et un bourricot lancés à fond. Un oeil dans le rétroviseur gauche et j'aperçois une tâche blanche qui vient de rebondir sur la chaussée. « Damn it ! ». Une tâche, surtout blanche ne bondit pas sur la route. Elle reste là ou le soleil a bien voulu la poser. Entre deux feuilles. Non, celle-ci, obtuse, insiste pour continuer sa course. Le doute s'insinue. Pas longtemps. Un éclair m'électrise la colonne vertébrale. Je porte la main gauche à la poche de mon gilet du même côté. Disparu. Enfin pas tout à fait. Perdu pas forcément. Brisé à coup sur. Les iPhone sont solides, certes, mais faut pas pousser la pomme trop loin dans ses retranchements. Bon c'est pas tout ça mais il va falloir que je termine ce dépassement à la Fangio, que je m'arrête en catastrophe devant le conducteur qui n'est toujours pas revenu de s'être fait doubler par un truc, un machin mais si dis moi comment ça s'appelle le truc à trois roues qu'on voit dans la Grande Vadrouille. Bref, j'interromps ici ses pensées par une magnifique queue de poisson, voire de dauphin ou de baleine franche. J'arrête le Bug dans un crissement de pneus et de poussière, un roue dans le fossé, et dans un concert de klaxon. Je ne savais pas qu'un Scénic pouvait faire autant de bruit.

10h35 - La vitre de l’iPhone est détruite, la forme est en C plutôt qu'un I. Il fonctionne encore. Mais pas pour longtemps. Le reste de la route vers l'océan est harassante et ennuyeuse. Les villes défilent. Périgueux, Ribérac, Aubeterre-sur-Dronne, Chalais, Baignes-Ste-Radegonde, Jonzac, Gémozac, Cozes, Saujon et piscine maison.

15h58 – Le Bug soupire une dernière fois avant de s’éteindre. C'est le début des vacances. Cette fois, les planètes sont alignées. Grand ciel bleu. Température supérieure à trente. Pourvu que ça dure.

PS : Changement de monture et de sensations. Je retrouve mon Dragonfly pour une virée sur la Seudre, le plus court fleuve de France, pour une sortie au coucher de soleil. Laisser dériver le kayak, les mains à fleur d’eau, au gré du courant de marée montant, s’imprégner des odeurs et des couleurs. Qu’importe le moyen ou la destination, avancer, avancer toujours. Pour ne pas mourir. Pas tout de suite.