Grands Cols Suisses - Jour 2

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Journée d'anthologie! Cette seconde journée fût une journée d'anthologie! Le programme nous réservait le franchissement de six cols, tous à des altitudes supérieures à 2000 m. Plus exactement, nous franchîmes quatre cols et refîmes deux d'entre eux une seconde fois histoire de les déguster plus encore.

La journée avait commencé calmement sur les rives du lac de Brienz. L'autre lac, avec celui de Thoune, entre lesquels se niche la ville d'Interlaken. Les trente premiers kilomètres inspiraient à la contemplation. Une météo idéale, un lac aux reflets bleu turquoise, des villages tous plus beaux les uns que les autres, tout concourrait à nous donner envie de musarder.

Une pause au bord de ce lac et déjà, le groupe se forme. C'est un moment important de la vie d'un groupe, a fortiori, d'un groupe de personnes qui viennent pratiquer et partager leur passion. Alchimie délicate où les individualités autant que les envies de créer quelque chose ensemble s'expriment. Cette seconde journée fût propice à une belle alchimie parmi les membres du groupe, la météo, les routes, les paysages et la contemplation aidant.

Très vite néanmoins, nous attaquions les premiers contreforts du col du Grimsel. Le genre de col qui gagne à être connu, concurrencé qu'il est par le col du Süsten, son voisin que nous franchirons samedi. Le Grimsel, c'est une approche graduelle de quelques 30 km depuis la vallée jusqu'au sommet situé à 2165 m, en passant par la moyenne montagne luxuriante et la haute montagne lieu privilégié des lacs de retenue pour la production hydroélectrique. Le Grimsel, c'est l'occasion de laisser libre champ à Nicolas et à François partis devant et de monter à un rythme moins soutenu en compagnie de Jérôme et de Florence. Arrivés au sommet, le selfie du groupe en dit plus sur ce que nous venons de vivre que toutes les paroles.

Le Grimsel franchi, nous découvrons notre terrain de jeu pour le reste de la journée. La descente du Grimsel bien sûr mais aussi, voire surtout, la montée du col de la Furka (2431 m), en face. Quelques dizaines de lacets et de kilomètres plus loin, le paysage nous laisse d'admirer la face B de la montée de la Furka et de la descente du Grimsel. Les ponts et chaussées suisses font bien les choses. Les routes sont superbes, vous en conviendrez sur ces photos, et quand il manque de montagne pour supporter la route, ils créent un viaduc. Comme ça, simplement pour que le virage soit le plus beau possible.  

La descente du col de la Furka est suivie de la montée du col du Saint Gothard (passo de San Gottardo en italien, 2108 m). C'est l'occasion d'envoyer les chevaux dans les belles courbes de ce col. La route nouvelle a remplacé la route historique toujours pavée. Certains poursuivent sur la route goudronnée, d'autres empruntent la route pavée. Ces derniers repèrent le petit lac de montagne qui va bien. Et qui nous accueillera pour la pause déjeuner organisée autour d'un picnic. Repos des machines, et des pilotes et passagers.

Une baignade pour Nicolas, une sieste pour Jérôme et Florence, les quelques heures que nous passeront à proximité de ce lac resteront gravées à jamais dans nos mémoires. La suite? Un arrêt dans l'auberge qui nous accueillera pour la nuit, prise des chambres et dépôt des bagages histoire de franchir léger les trois autres cols de la journée. Nous descendons le Saint Gothard par l'ancienne route d'Airolo, la route pavée, puis commençons à gravir les premières pentes du col du Nufenen (passo della Novella en italien, 2478 m). Une longue montée très roulante sur le bas et plus cassée sur le haut avec son lot de lacets. Bonheur!

La suite? Le col de la Furka puis le col du Saint Gothard de nouveau. Quand on aime, on ne compte pas. Les routes sont désormais connues, le rythme s'accélère quelque peu. Le bonheur se poursuit. Arrivés vers 18 heures au sommet du col du Saint Gothard, le confort d'une douche suivie d'un apéritif et d'un dîner n'a d'égal que les discussions qui nous animent. Refaire la journée, encore et encore, et passer la nuit en un des lieux les plus magiques d'Europe!

Et puis, au détour d'un arrêt, la Suisse nous réserve des pépites comme elle seule en a le secret. Le train à crémaillère de la Furka qui a des soucis de crémaillère, précisément, que le conducteur et le contrôleur essaieront de réparer avant de laisser la circulation se poursuivre. Le bus hippomobile du XIXème siècle devenu attraction touristique sur les pentes de la route historique du Saint Gothard. Bonheur de ce pays où les contraintes comportementales pour nous autres habitués à jouer avec les règles, sur la route et en société, rejaillissent sur sa beauté et la quiétude qu'il offre à ses habitants et aux voyageurs.

Avant que de laisser la place au billet de Nicolas, jetons un dernier regard sur notre terrain de jeu de cette journée.

En quittant Interlaken, longer le lac de Brienz est envoûtant. On roule tellement doucement qu'on préfère s'arrêter pour ne rien rater des reflets azurs. Puis enfin, le premier grand col est en approche. Stéphane me fait le signe convenu, je vais pouvoir filer devant et ouvrir la porte de la cavalerie. Et là, mes amis, j'en ai encore des frissons en écrivant ces lignes... Gudrun m'a fait la totale ! Grandes courbes rapides pour commencer, montées rapides dans les tours, virages qui se resserrent, freinages appuyés, rétrogrades dans du beurre avec le shifter. Il y a très peu de circulation, je me sens à la fois excité et serein...

Arrivé en haut du col du Grimsel, j'ai le sourire et ne pense qu'à deux choses : attendre Stéphane pour le remercier d'avoir organisé cette virée magique, et repartir pour d'autres cols, pour une orgie de virages... Avec mon compère François, on est dans le trip 'attaque' alors que Florence et Jérôme sur leur Africa Twin sont en mode cool. Pourtant le petit groupe a rapidement trouvé ses marques, on vit bien ensemble et on partage avec bonheur ces heures de roulages entrecoupées de pauses bien sympathiques.

La plus belle est le picnic au bord de l'ancienne route pavée qui mène au col du Saint Gothard. Nos amis suisses ont eu le bon goût de la conserver en l'état et de construire une route 'moderne' en parallèle. Là, le rythme ralentit naturellement, le regard se pose sur tout ce qui nous entoure. Jérôme y a repéré une cascade et un petit lac d'altitude. Ce sera notre picnic. Hors du temps. Hors des ''autres'. Un moment rare, un instant à nous. Au fait, merci Stéphane...